Les Mutins & Cie, une petite entreprise 2.0

Le supermarché ou la centrale d’achat de l’activisme

J’adore les épiciers de l’engagement à la Azam, en mode récupération de l’esprit des coopératives. Proprios intramuros de longue date, grandes gueules, prenant un territoire. Ou le capitalisme des petits chefs, en système mutualisé, traitant sous contrat, du monde ouvrier, des prolos. Avec leurs stocks en arrière boutique, un local fourni. Ou comment vendre et vivre d’une catégorie sociale dont on propose le soutien, contre un business militant, peu évident, chronophage, mais gratifiant, en développement.

Qui aide qui finalement ? Qui est patron et assistant ? Accepté ou exclu ? Décideur ou rien du tout ? Le mécanisme concentrique se voit, inévitable tel que proposé, allant presque jusqu’à l’OPA agressive, avec Fiszbin, en concurrence de visibilité et leadership. On pense à Richard de Telebocal, qui n’est pas pour autant un enfant de coeur en tous points, y ayant résisté.

Les Mutins, après feu Zaléa, ressemblent à une fractale de la Fnac ou Amazon, appliquée à la lutte de classe. Plutôt malin, dans l’ère du temps, de quoi se forger un statut et de la considération, dans le milieu toujours payant de la production et diffusion sociale.

Non, la vraie révolution, plutôt que de singer les puissants (penser ainsi les détourner, en appliquant leurs us et coutumes, en interne, et commercialiser la misère, en tirant force et rémunération), c’est de rompre avec les monnaies, et parler de soi, de son vécu. Anticiper avec honnêteté vis à vis de son propre rapport à l’influence et pouvoir. On pourra comparer qui est légitime pour évoquer et se représenter au sein des domestiques, ouvriers et prolos.

Certes, le sens populaire n’est pas immédiatement de vivre sous cette contrainte d’insécurité professionnelle. Mais avouez que le tour de passe passe est magique, à utiliser l’argent, le travail pour se construire cette notoriété là, ce chemin, en famille, une mafia phallocratique (les femmes à la compta’), dans la caricature du paternalisme, pour les démunis. Eux pour le coup sans tout cela : cette construction et réussite modeste, et de qualité uniquement.

Le problème de ces mondes là, c’est que pour exister, ils deviennent effectivement des petites entreprises, systématisant la vente de chaque réalisation, produisant en masse, au maximum de leur potentiel. Et la machine interne est souvent plus capitaliste que ce qu’elle dénonce. Ou comment faire commerce et carrière de la misère des autres. Quand les fondements ne sont pas finalement les bons. Certains vénèrent le travail bien fait, et hiérarchisent en conséquence, produisent de la ségrégation, sont les rois de leur microcosme ou tribu.

De quoi être des meilleurs, chercher cette perfection, les choses bien faites, et éloigner les inefficaces, sans ce mérite emprunté aux puissants, et au coeur de ce narcissisme récurrent. Rien à voir donc avec l’état d’esprit social à la Virginie Despentes, ou le fait de partager avec l’ensemble de nos semblables, et de façon transversale.

Ce qui compte à y regarder de plus près, c’est la réussite, quel que soit le prix : une variable d’ajustement, ce qui ne rentre pas dans les critères de performance, négligeable forcément, car évacué et tenu invisible, hors du champ de production. Alors que cela épouse toute l’identité de la politique managériale en interne, ce choix de rationalisation professionnelle. La réponse sera de nier, et relativiser, à pire dans la société. Que la contradiction soit choquante ou pas, entre le domaine d’intervention et la manière de procéder. On est pas là pour favoriser une expérience commune, laisser libre court et encourager les initiatives, mais pour cartonner et centraliser, avec le masque de l’union pour des causes justes, le vivre ensemble.

Tout est verrouillé, de l’intérieur, une pseudo liberté comme chez J-P.Lepers. La réalisatrice Camille de Vitry connait aussi ce registre, le concernant. Et l’on se relie avec des castes médiatiques célébrées, genre Mermet. Tournant en boucle, travaillant toujours plus, entre soi, sans s’épargner l’usage de stagiaires. Ou avec un Discepolo autoritaire, capable de faire taire avec agressivité, les images, même favorables, le paradoxe. Sans comprendre que c’est pour l’individu lambda, un moyen de relayer ceux qui s’exposent avec des stands ou lors de conférences.

Les méthodes de Cash investigation via l’embrouilleuse Elise Lucet (presque autant ambiguë que la très bobo Audrey Pulvar, ou bien Maïtena Biraben, dans une tonalité similaire), cela ne doit pas beaucoup plaire aux éditions Agone, fonctionnant sur autorisation exclusive (et marchande visiblement). Pas même les photographes de rue, comme Vivian Maier, par exemple, encore moins le quidam. Il faut être reconnu, du giron proche, un familier.

Avec toujours le même vocabulaire, pour résumer, du style, quand on est « nul », c’est normal de ne pas en faire partie, ou « on s’en fout ». Elle est là la philosophie de l’entre aide, du soutien, du partage, de l’accompagnement, de la reconnaissance et de la solidarité. Les conditions sont peu glamour. Cela se limite en gros à un jugement basique : « lui il a le droit parce qu’il est intelligent, ce qu’il fait est bien, on apprécie ».

Hors, à partir du moment où tu te mets en visibilité et où tu vends des produits, tu ne peux pas refuser les photos, au delà, en mode ségrégation. Tu occupes l’espace, tu t’affiches, donc ne brutalise pas (à grand renfort d’hurlements et gestes déplacés), les preneurs d’images, t’accaparant violemment leur matériel, au risque de le casser. Avec tel réflexe menaçant sur le droit à l’image et aux archives, Cyril Cavalié n’aurait pas pu réaliser des années de couverture des mouvements engagés. Combien comme lui en tirent aucun profit, ni statut, à part une reconnaissance fragile !

J’ai évité de diffuser mes prises de vues innocentes. Oublieux lors de la confrontation (ici en septembre dernier à la Fête de l’Humanité à la Courneuve, avec son staff qui pour le coup ne s’inquiète pas de faire réaliser des vidéos de com’ sans aucun filtre), d’une captation précédente, retirée suite à la demande peu courtoise de Discepolo, il y a quelques années à la Maison des Métallos. J’accepte le principe, nullement la manière de l’imposer. Gilbert Ndahayo, réalisateur rwandais s’embarrasse moins de ce droit. Il indique en projection qu’il a menacé son cadreur de le virer s’il s’arrête de filmer chaque fois qu’on lui demande. Le public au cinéma Les Trois Luxembourg n’a pas bronché. J-P.Lepers est capable de formuler également cette conception radicale sur le terrain du journalisme.

Les détracteurs diront que tout est une question de contexte, histoire de noyer le poisson, en fonction de leur libre arbitre. Ainsi Les Mutins de Pangée ont dans leurs cadres d’images ci ou là (notamment dans les rushes), également des personnes qui n’ont pas donné toutes leur accord. Ce serait impossible, comme en télé, dans le champ social et urbain, de rassemblements collectifs particulièrement. Ils sont autorisés par leur dispositif propre, et rien d’autre : un pouvoir gagné. Nullement une règle pour toutes et tous visiblement, surtout pas, en paranoïaques, de ce qui s’oppose éventuellement.

La critique devrait être unilatérale, si je comprends bien ? Et qui n’est pas des notres, connu, est forcément un ennemi ? Jolie conception, du rejet de l’étranger, l’inconnu, au cercle de contrôle mis en place. Dans mon cas précis, une relative sympathie, lointaine, vu les sujets connexes, était de mise entre nous depuis des années, jusqu’à cette interdiction sonnant la nécessité d’une franche explication ici même.

Et enfin la nevrose se prolonge, en consanguinité de diplômes et formations, à la Monde Diplo’, bénéficiant de leur chaire universitaire respectivement, ou éditoriale, qu’ils ont conquis, ces bons élèves, à force de victoires symboliques, au sein de cursus élitistes. Jusqu’à plaire même à Pierre Carles, le clasheur de Canal prout, ici absurde.

Quand verra-t-on des personnes contraintes à occuper des postes ouvriers et domestiques à répétition, publier leur histoire, en leur nom, leurs propres mots, à travers cet organe de presse si sérieux à vilipender l’exploitation en les citant ! On est dans le registre identique, par son fonctionnement à ce qui forme la domination, qu’elle soit intellectuelle, ou matérielle.

Il faut à les voir, privatiser les sujets pour en faire un commerce, s’approprier l’analyse ou la générer à propos de milieux en souffrance, et pour lesquels on a également sectorisé les possibilités d’intervention et parole. En critiques acerbes du fordisme, volontiers ! Une belle contradiction, ou comment ne pas pratiquer ce que l’on dit, montrer du doigt ce que par ailleurs l’on créé et produit également. L’exclusion est là, via des critères et grilles de lectures non assumées, quand le mépris, la stigmatisation ou l’ignorance n’apparaissent pas directement. Une reproduction des codes du capitalisme chez celles et ceux qui prétendent le combattre.

L’entreprise se réclamant de la gauche a tout à gagner en procédant de la sorte, via l’apport financier de volontaires, ou actionnaires coopérants. Et d’ailleurs, qu’elle est la politique des fournisseurs, comme des clients, ou partenaires ?

La vitrine dégonfle immédiatement lorsque l’on pense à l’ignorance portée sous leur nez depuis des années à la Fête de l’Huma’, par exemple, pour le personnel s’occupant des toilettes, et leurs conditions lamentables : https://collectifinnovationsilluminationspolitiques.wordpress.com/2014/09/15/agents-de-menage-exploites-a-la-fete-de-lhuma/

Dommage que l’esprit foutraque de Jean-Francois Gallotte ne soit pas plus présent. A la Carbone 14. Merejkowsky de son côté, plus radical, s’est éloigné de telles structures, non sans raison : adepte de l’absence de responsabilité individuelle – ce que je ne partage pas, lui jugeant le concept de droite ; et favorable grosso modo aux expressions hors buzz & processus de visibilité accrue. Une modestie authentique que je rejoints en principe, mais limitée lorsque des sujets universels s’imposent.

Par ailleurs, j’ai moi même capté les blocages à Survie, Sherpa, Aviso ou au Crid and co’. La chanson est assez identique, avec quelques variantes. L’occasion de futurs éclaircissements. De quoi rebondir sur l’arrogance de « parangons de vertu », et statutaires à la Ziad Maalouf de RFI, ou Nicolas Voisin ex boss d’Owni se sentant assiégés par du mailing comme de l’action terrain, a fortiori laborieux et venant d’invisibles (j’en ai fait l’expérience), alors que tout est fait pour mécaniquement vous protéger numériquement, comme au tourniquet de sa boite.

L’irritation va plus loin que ces anecdotes néanmoins significatives (car quasi directes ou définitives), avec un fameux conspi’ de Jeudi noir, vrai parasite, tel que repéré par le – cela dit – libéral Tristan Mendès France.

Et que dire des punchlines innocentes, récurrentes, ou futiles, de distraction arty, avec et entre les Gonzaï ou Dudes exemplaires. Comme le caractère irritable d’un Rod Maurice (quasi une figure de style dans le milieu), et très bon par ailleurs, pour qui se remémore encore le grand écart du Hiboo, entre des salles mainstream et d’autres plus underground, de Rouen à Panam. On frise le hors jeu, de ses préceptes et principes, en mode position de force. Un registre excluant pour qui s’interdit le coup de poing verbal.

La médaille revenant à un gourou du Mur, royal en humour noir ou rance, comme Juste pour rire, et surtout en cynisme colonial. Allez, sortons les dossiers des cartons, pour ne pas moisir avec, à se les taper tous.

Matjules


https://politikisback.wordpress.com/2016/01/20/pub-gratuite/

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A propos Collectif des Innovations/illuminations Politiques

Notre projet : convier nos semblables et leur proposer une série d’happenings d’ampleur, plutôt subversifs, selon leurs besoins. Ceci dans l’esprit du collectif Voina, comme de Krzysztof Wodiczko, Banksy, ou encore GRL Graffiti. Sans être du mapping commercial, ou une énième promo’ de réalisations personnelles, de prime abord (aspects trop mis en avant par le système). Ainsi essayer de redonner sa place à ce qu’il se fait de mieux en matière politique et artistique, avec les effets escomptés sur les pouvoirs en place.
Cet article a été publié dans 2015, Abus, Agone, Agression, Amazon, Argent, Audrey Pulvar, Autoritaire, Autre, Aviso, Canal, Capitalisme, Carbone 14, Caricature, Catégorie, Chefs, Classe, Codes, Commercial, Concentrique, Concurrence, Considération, Contrat, Coopérative, Courneuve, Crid, Daniel Mermet, Diffusion, Discepolo, Domestiques, Elise Lucet, Engagement, Famille, Finance, Fiszbin, Fnac, Force, Gilbert Ndahayo, Hiérarchie, Honnêteté, Images, Insécurité, Interdiction, Intramuros, Jean-Francois Gallotte, Jeudi noir, Le Hiboo, Leadership, Les Mutins de Pangée, Les Trois Luxembourg, Lutte, Maïtena Biraben, Mafia, Maison des Métallos, Managerial, Matjules, Mérite, Merejkowsky, Microcosme, Milieu, Misère, Monde Diplo', Monde Diplomatique, Monnaie, Mur, Narcissisme, Nicolas Voisin, Olivier Azam, OPA, Ouvriers, Owni, Partage, Paternalisme, Patron, Payant, Perfection, Performance, Phallocratique, Photos, Pierre Carles, Populaire, Production, Professionnel, Prolos, Réalisation, Rémunération, Résistance, Réussite, Révolution, RFI, Richard, Rod Maurice, Ségrégation, Sherpa, Social, Survie, Système, Télébocal, Tribu, Tristan Mendès France, Vécu, Vente, Violence, Virginie Despentes, Visibilité, Vivian Maier, Zaléa Tv, Ziad Maalouf. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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