La France des bleus vs Rwanda20ans

La France comme nation est utilisée comme symbole de gloire, auprès de la population, par ses dirigeants (drapeau, hymne…). Constat banal, mais lourd de conséquences. De quoi masquer les atermoiements de politiques discutables et compromettantes.

Les 20 ans du génocide des Tutsi se sont télescopés avec l’engouement pour la Coupe du monde de football. La gravité la plus extrême, invoquant la communion de l’humanité toute entière, ainsi éclipsée par cet évènement sportif international. Une distraction futile par bien des aspects, en comparaison.

Certes on a pu partager avec entrain la ferveur, comme le côté festif ou bon enfant lors des matchs successifs, autour de Benzema et ses coéquipiers. Tout en épinglant la Fifa business ; sans oublier l’esprit de compétition, exclusif par nature (une pseudo « valeur partagée »).

Mais on ne peut pas d’un côté se recueillir autour de l’équipe de France, et de l’autre résumer seulement les participations françaises (révélées ici http://mobile.lemonde.fr/idees/article/2010/05/13/rwanda-le-13-mai-1994-par-serge-farnel_1350541_3232.html) dans le génocide des Tutsi au Rwanda, à quelques représentants majeurs de la République (comme Mitterrand, Juppé, Védrine, Balladur and co’), et leurs exécutants militaires.

Évacuant ainsi, comme le fait Patrick de Saint-Exupéry, la conscience plus large d’un consentement à l’horreur françafricaine, pour se dédouaner de ne jamais s’en occuper en commun, l’affronter.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/04/08/rwanda-la-persistante-occultation-des-responsabilites-francaises_4397614_3232.html#no_mobile

La France ne porte pas que des vertus de gloire. Notre société balaie sans cesse à une dizaine de responsables ses aspects sombres et compromettants. Une version tronquée des mécanismes pervers en démocratie représentative, et de présidentialisme fort.

On parle bien pourtant d’Allemagne nazi, comme du régime de Pétain (la collaboration, dans l’Histoire de France). Pourquoi donc évacuer de la honte nécessaire, vis à vis du génocide des Tutsi, la part de silence collectif, de notre nation.

Si ce n’est le chauvinisme et un patriotisme déplacé ou mal intégré, vraiment récurrent. De quoi faire fit de ce qui détermine la Françafrique, et la répétition/maintient du néocolonialisme. Déjà dans les têtes, par omission au minimum, éclipsant les critiques des structures ayant permis ce qui est trop facilement résumé à des dérives marginales.

Et pour clore le tout, l’accusation de ternir la cohésion social devient alors un alibi pratique au silence.

Pour exemple de contradiction évidente : malgré sa volonté de protéger la France, et donc les français de toute compromission avec nos leaders discrédités/impliqués par leur soutien au régime génocidaire au Rwanda (« … une France à qui rien n’a jamais été demandé, qui n’y est pour rien…« ), le Mouvement antiraciste européen – EGAM formule à raison la critique de Paris et de l’Etat. Ainsi : « Paris a soutenu le régime génocidaire au Rwanda« . Et : « Nous combattons l’indifférence, le déni, et le silence d’Etat« .
http://www.liberation.fr/monde/2014/06/18/la-verite-sur-le-genocide-des-tutsis_1044626

Autrement dit, les termes « Paris » ou « Etat » peuvent être mêlés au pire, mais surtout pas la « France ».

Pourtant, des voix dissonantes existent, au sein même de leurs initiatives. Ainsi, Nordine Idir, Secrétaire général du Mouvement des Jeunes Communiste de France, parle de « l’implication de la France » dans le reportage de l’Egam, Génocide contre les Tutsi : la vérité, maintenant !
http://youtu.be/z_0_bT8mwd0

Par ailleurs, pour précision, explicite, Benjamin Abtan, directeur de l’Egam a manifesté quelques irritations, expéditives, que l’on puisse mettre en cause B.Kouchner, à propos de son parcours françafricain (ceci lors de sa rencontre à la Mairie du Xème de Paris le 9 juillet dernier, avec une délégation de jeunes de partis politiques et société civile européens s’étant rendus à Kigali et Bisesero en avril 2014, lors des commémorations des 20 ans du génocide).

A l’inverse de la version officielle de l’Egam, Survie indique bien notre pays comme responsable : « il fait peu de doute que les livraisons d’armes par notre pays à partir d’avril 1994 ont servi à la fois à la guerre contre le FPR et au génocide des Tutsi. »
http://survie.org/genocide/implications-politiques-militaires/article/rwanda-lettre-ouverte-aux-4738

Et notamment la formule récurrente : « Pour que plus jamais la France ne soit complice de génocide« , exprimée lors de l’action Survie devant le Quai d’Orsay, le 28 juin 2014, pour la Levée du secret défense (7000 signatures, avec Sherpa, le CPCR, la Licra, …).

Izuba évoque ainsi l’engagement français : « En 2014, [la Licra] lance un Appel aux Intellectuels pour qu’ils « élèvent la voix » et exigent que soit établie « la réalité des faits » concernant l’engagement français dans le génocide des Tutsi« .
http://www.izuba.info/info/appel-et-colloque-de-la-licra-sur-le,927.html

Serge Farnel indique bien « la responsabilité de la France officielle dans le génocide perpétré à l’encontre des Tutsi du Rwanda » en page 13 de son ouvrage Rwanda, 13 mai 1994. Un massacre français ?

La Nuit Rwandaise formule aussi cette responsabilité de la France, à travers les travaux de la CEC : « A l’issue des travaux de cette Commission, qui a documenté la complicité de la France avec le régime génocidaire, Géraud de La Pradelle a publié « Imprescriptible. L’Implication française dans le génocide tutsi portée devant les tribunaux » »
http://nuit.rwandaise.free.fr/actu/idiotvillage-pradelle.htm

De même, lors du Colloque de la Licra à la Cité Universitaire le 21 juin 2014, G. de La Pradelle a explicité en quoi on peut être décomplexé à citer la France comme complice du pire :

Matjules : « Certains comprennent la formule « France la honte » comme une accusation de tous les français ».

G de la Pradelle : « Le citoyen de base a une responsabilité. Nous sommes une démocratie« .

Cette mise en lumière clairvoyante est partagée par Annie Faure également, s’occupant du Collectif en soutien des femmes violées par des militaires français : « Vous avez raison, Monsieur le Ministre de la Culture. La vérité sur le Rwanda est nécessaire. La vérité sur la complicité de la France au génocide des Tutsi est nécessaire. Il n’ y aura pas de reconstruction de la mémoire de la France, il n y aura pas de réconciliation avec les citoyens et ceux qui les gouvernent si l’histoire de la collaboration d’une poignée de décideurs avec un régime néonazi tropical décidé à en finir avec le problème Tutsi n’est pas écrite noir sur blanc. »
http://www.cobaye.in/Rwanda-la-lettre-ouverte-d-Annie

Enfin, lors du Concert « Les Hommes Debout », on a pu entendre Gaël Faye exprimer un mea culpa général : « J’ai le sentiment profond d’être complice de génocide. En fait je pense que nous sommes, vous êtes aussi complices de génocide. Aussi mes mots ne seront pas tant pour les victimes que pour les survivants. Pas tant pour eux au Rwanda, que pour nous ici. Car au delà de la peine, des morts et de leurs familles, c’est un peu de nous tous qui a disparu en avril 94. C’est très important de rappeler aux citoyens français, que ces choses là ont été faites, la politique extérieur de la France a été faite en notre nom, mais sans notre consentement. Et que l’on adhère absolument pas à cela. Et c’est très important de réaffirmer cela en tant que citoyen« .
Kwibuka20 http://youtu.be/6cbtwbaH4qY

Nous avons donc nullement besoin d’une fierté nationale pour affronter l’implication de la France dans le génocide des Tutsi. Ce serait déplacé, absurde et contradictoire.

Pour autant, ce relent identitaire est assez significatif de mentalités, ci ou là, au fond désireuses d’incarner le juste, et de faire oeuvre de pédagogie.

Autrement dit représenter la conscience d’une communauté d’esprit, guidant un patriotisme à peine voilé, sur les marches d’un engagement relevant au contraire de ressorts humains, sans prédisposition au pouvoir (dans des structures formatées à telles complicités et participation au pire).

A voir également :
https://collectifinnovationsilluminationspolitiques.wordpress.com/2014/05/31/honte-et-etat-nation-rwanda20ans/
https://collectifinnovationsilluminationspolitiques.wordpress.com/2014/06/08/les-contradictions-rwanda20ans/

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A propos Collectif des Innovations/illuminations Politiques

Notre projet : convier nos semblables et leur proposer une série d’happenings d’ampleur, plutôt subversifs, selon leurs besoins. Ceci dans l’esprit du collectif Voina, comme de Krzysztof Wodiczko, Banksy, ou encore GRL Graffiti. Sans être du mapping commercial, ou une énième promo’ de réalisations personnelles, de prime abord (aspects trop mis en avant par le système). Ainsi essayer de redonner sa place à ce qu’il se fait de mieux en matière politique et artistique, avec les effets escomptés sur les pouvoirs en place.
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